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Un moment avec Marina Wolters

Il y a beaucoup de portraits d’enfants dans ton oeuvre, disais-je à Marina. Ce n’est pas évident, les enfants, ce n’est pas très fini, c’est si fragile. Tu rends très bien ce côté éphémère, si difficile à saisir, ces visages parfois secrets,  ou le côté bizarre des bébés. 

Et Marina m’a répondu  par cette phrase : Les portraits d'enfants, c'est évidemment un genre, mais quoiqu'on en dise, c'est un bon sujet. Regarde leur place dans l’oeuvre d’Evenepoel  que j’aime tellement, les adolescents de Charles Leplae, les tableaux de Joachim Sorolla.

- Parfois tu peins comme on dessine, d’un trait fin. Tu penses dessin, toujours, non ?

- Oui, oui. Le dessin est ma première façon de regarder. Je vois en dessins, comme certains romanciers vivent en écrivant mentalement, sans arrêt. J’adore le modèle vivant, nu ou habillé, le corps est un socle parfait pour un visage. J'ai aussi beaucoup de plaisir aux séances de pose pour un portrait, parfois on bavarde, parfois c’est le silence, et j’essaie de rendre hommage à mon modèle, tel qu’il est là, en ce moment précis de sa vie. J'aimerais que ce tableau l’accompagne toute sa vie. Je lui suis reconnaissante du temps qu’il m’accorde. Un portrait c’est un double honneur : pour l’artiste et pour celui qui est peint.

- Tu crois ? J’ai posé pour quelques artistes. Au fond, on se dédouble tout à fait, on est presque indifférent au résultat. Et pourtant, ce qui se passe entre un peintre et son modèle, cela se devine. Regarde les portraits de Nele par Rik Wouters, ceux de Lucian Freud par Bacon, le sublime portrait de Van Dyck tout jeune par Rubens. Ou, tout à l’opposé les portraits féroces et superbes de Van Dongen.

- Oui, j’aime la peinture de van Dongen, son parti-pris. Quel peintre ! Pour quelqu’un comme moi qui pense en dessin, comme il est difficile de savoir où faire peser son pinceau. J’envie la palette des Nabis, mais plus encore le regard aigu de David Hockney. J’ai été du dessin à la sculpture, de la sculpture à nouveau au dessin puis au pastel et enfin à la peinture. Je les mélange actuellement.

- Le Mali t’a beaucoup inspirée . Ce sont des tableaux pleins de vie.
Comme les marchés africains. Mais je sais bien que j’étais une passante, que mes tableaux  sont un regard de touriste sceptique découvrant l’Afrique par ses marchés.

- Quelle réserve, chaque fois que tu parles de toi. Quand on évoque ton travail, tu t’évades, tu parles de Manet, de Spilliaert, des artistes que tu aimes. Tu  fais peu état de son ego, ce qui n’est pas fréquent chez les créateurs.

- Ne parlons pas de « créateur ». Je suis une instrumentiste, je cherche toujours à m’améliorer,  je sais où j’en suis, vers où je me dirige.
Pourquoi sculptes-tu peu pour l’instant ? J’aimais aussi beaucoup ta sculpture. Ta femme enceinte assise est une œuvre très belle.

- J’ai arrêté la sculpture, pour l’instant, quand j’ai osé me mettre à la peinture, soit après la mort de mon grand-père Jean Borin qui était peintre. Quand je modelais, je voyais en traits plutôt qu’en plans. Maintenant je peins, mon grand travail , il est là.
Nous avions quitté l’atelier, Marina était là, assise devant moi dans la cuisine, avec un bol de thé. Je me disais que la connaissais depuis qu’elle était toute petite. Sa fille se faisait une tartine avec des granulés de chocolat. On était très bien.    

 

Christian Dubois

Mai 2011

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